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Si demain vous déplaît ...

*Extraits d'un entretien avec Armel Roussel

       Après avoir abordé des auteurs ( Koltès, Barker, Tchekhov, Shakespeare…), avoir écrit une pièce «  Artefact (Sit./com)»* ( mise en scène par Karim Barras ), après avoir exploré la création collective avec Pop ? , cette fois Armel Roussel a écrit la partition et conçu la scénographie de Si demain vous déplaît.

Armel Roussel : J’ai essayé de nouvelles choses dans la manière de traiter des sujets qui me sont chers ( la recherche du bonheur, la beauté, les utopies…). Rarement les choses ont été clairement aussi dites que dans ce spectacle, à ma manière, celle de l’énonciation d’une réflexion politique. La dramaturgie est plus lisible que sur de précédents spectacles. Pour la première fois, j’ai abandonné des choses, notamment, ce qu’on nomme la provocation. Je me suis efforcé qu’il n’y ait pas de nudité dans le spectacle. Je donne des réponses autrement. C’est plus mature, plus fin, précis. Chaque mouvement est pensé. Je propose un objet concentré, qui va à l’essentiel. J’ai cherché que ça reste une aventure, une expérience pour les spectateurs.

               S’il n’y a pas de personnages, si chaque acteur joue tout en gardant son prénom sur scène, chacun est porteur de questions relatives à notre monde d’aujourd’hui
 A.R. : Chaque acteur est associé à un champ de recherches spécifique. Ensemble, ils forment une sorte de société monde. L’ensemble traite autant du politique, du sacré, de la science que du quotidien ou de l’amour.
                Les questions posées sur nos mythologies contemporaines, sur notre aujourd’hui tiennent autant de la société dans sa globalité que de l’intimité
 A.R. : J’ai voulu interroger notre impuissance, nos empêchements … Est ce que nous nous en empêchons ? Ou est-ce là où l’on nous met qui nous en empêche ? Est-ce le mode de fonctionnement de notre société ou nous-mêmes ?
 La figure centrale du spectacle est l’adolescent. Tout converge autour de lui. Il commence le spectacle et clôture la première partie. La première partie, ce sont des questions. J’ose davantage émettre des réflexions, des possibles que dans mes précédents spectacles. La deuxième partie porte sur les utopies. Nous sommes devant une forme de faillite personnelle. Comment se fait-il qu’il y ait une insatisfaction? Pourquoi est-ce difficile de la déterminer ? Il y a quelque chose qui ne va pas.. Ainsi l’adolescent sert d’interrogateur car c’est quelqu’un d’avant la résignation. Il est à une période où on peut penser le monde et où on n’en est pas encore un membre actif même si on est déjà un gros consommateur.

La première partie est une comédie silencieuse dans laquelle on fixe le réel à l’œil nu en provoquant un décalage ; la seconde une tragédie musicale qui ne propose pas un futur. Elle tient du rêve, elle pose la question : que pourrait-on faire aujourd’hui pour aller mieux demain ? Stylistiquement, on peut dire que la première partie concerne le cerveau gauche (plus mathématique) et la seconde le cerveau droit ( plus baroque). Elles ne sont pas à voir en opposition, elles forment un tout. C’est un spectacle post post-soixante-huitard, loin du cynisme, qui vise à redonner le goût.
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 *Entretien réalisé par Jeannine Dath,  mai 2009