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Ondine (démontée)

 
Interview pré-création de Hugues Le Tanneur dans les Inrockuptibles
 
« Une féerie politique »
Prenant des libertés avec le texte original, Armel Roussel donne sa version, quasi sadienne, d’Ondine de Jean Giraudoux
 
Cette pièce est très rarement mise en scène. Vous avez sûrement une idée derrière la tête en abordant ce texte ?
C’est une pièce qui me poursuit. Dès mes débuts en fait, j’ai hésité à la mettre en scène. Je l’ai découverte en regardant la vidéo de la Comédie Française avec Isabelle Adjani. Il y a quelque chose de fulgurant dans son jeu qui tranche avec l’esthétique un peu carton-pâte du spectacle. Depuis, je n’ai cessé de penser à cette pièce.
 
Vous en faites une adaptation ?
Ca s’appelle Ondine (démontée) et si je m’y attaque aujourd’hui, c’est parce que, depuis janvier 2015, le texte est dans le domaine public. La pièce sera donc en partie réécrite. Je garde la trame, l’histoire d’une créature venue d’ailleurs désireuse de s’humaniser mais qui est finalement rejetée comme étrangère. Elle repart dans son propre monde mais son passage laisse des traces. Le jeu d’Isabelle Adjani, cette façon d’être là comme si elle venait d’ailleurs, m’évoque ça.
 
La pièce a été créée en 1939, dans une mise en scène de Louis Jouvet. Drôle de moment pour monter une « féérie » ?
Quoiqu’on en pense, la pièce est plutôt perverse sous ses allures de féérie. Presque sadienne en fait. Pour Ondine, plaisir et souffrance ne sont pas antinomiques. La pièce pose par ailleurs la question de l’identité. Ondine est une créature qui vient d’un monde immémorial, un monde d’avant la religion, ce qui en fait un personnage assez subversif. En ce sens, elle sert de révélateur. Quelle est cette humanité au milieu de laquelle elle se trouve soudain ? De quel monde humain parle-t-on ? Si féérie il y a, le spectacle sera d’abord une féérie politique.
 
Vous travaillez en association étroite avec le Théâtre Les Tanneurs à Bruxelles. Comment ça se passe ?
En 2009, David Strosberg, qui venait d’être nommé à la direction de ce lieu, m’a proposé d’être artiste associé. Il a impulsé une dynamique qui a fait beaucoup pour ce lieu. Un esprit de recherche, d’accueil, de soutien à des artistes émergents. Nous échangeons beaucoup. David travaille de façon moins hiérarchisée qu’il est de coutume dans les théâtres francophones. Une approche collégiale, ouverte, qui me convient parfaitement.
 
Propos recueillis par Hugues Le Tanneur – les Inrockuptibles – janvier 2015