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Pop?

Sans histoire, cent histoires
. Très écrit, très mis en scène mais très libre, très collectif mais très personnel, très pailleté mais très sincère.

« Pop ? »

pour populaire : l’humain est-il populaire ? ce qui est populaire appartient-il à la télévision ? Et pour Pop Art, pour tout l’art – son histoire d’hier, son aujourd’hui, de la peinture à la performance – qui infuse dans le spectacle, de Bacon avec un visage peint traversant un écran à Abramovic et sa litanie des « bye bye ». Et un point d’interrogation pour toutes les questions qu’il contient. Et qui tournent, essentiellement, autour du théâtre et de la vie, du lien qu’ils entretiennent, de la transmission, de la reproduction (du même sur scène soir après soir ; des humains qui font des enfants), de l’identité, du passage de témoin, des parents qu’on a ou qu’on avait et des parents qu’on devient, des masques que l’on porte et de ceux que l’on rejette, de la consommation, du pire et du meilleur, du temps qui passe et qu’on gagne ou qu’on perd, de la solitude et de ce qu’on en fait, de la société et du rôle qu’on y joue, de l’amour, de la douleur, de ce en quoi on croit, ou pas, de l’exposition de ce que l’on est, ou pas, de la pensée, de l’action, de la provocation, du silence, du monde qui nous entoure et de notre façon de le regarder. De comment mettre tout ça sur un plateau. C’est le pari de « Pop ? », de ses 17 comédiens et d’Armel Roussel. Le metteur en scène a renoncé ici à la littérature de théâtre, pour plonger dans une matière dense et fluide, qu’ont forgée les acteurs-auteurs ensemble, au fil d’ateliers, de discussions. Matière pourtant très écrite dès lors qu’elle doit se livrer. Matière libre aussi, et mouvante, et vibrante, et multiple, d’une pièce sans histoire, ou aux cent histoires, c’est selon.

Multipistes : Télescopage de personnalités, succession de tableaux, imbrication d’univers, « Pop ? » déborde de détails, fourmille de pistes. On emprunte celles qu’on veut pour se frayer un chemin dans cette non-narration. C’est le sens de la recherche d’Armel Roussel : « Qu’une même proposition provoque une multitude de réactions. » Ici du rire, là une gorge serrée, ailleurs une vive émotion esthétique, un brin de dégoût, des tendresses fugaces, parfois même un peu d’agacement. L’unanimité n’existe pas ici. Ne peut pas exister. Selon le principe qu’Armel aime et appelle « antisuccès » comme on parle d’antihéros. « On a enlevé toute notion déplaire ou de déplaire », assure-t-il d’ailleurs, de pair avec la volonté d’un spectacle « pur, sincère », avec la conviction que « Pop ? » est le spectacle « le plus dangereux, étrange, sensible » qu’ait réalisé la compagnie Utopia. Le plus personnel aussi, pour le metteur en scène , alors même que sa genèse et son résultat doivent tant au collectif. Shila Anaraki, Karim Barras, Yoann Blanc, Eric Castex, Bernard Graczyk, Julien Jaillot, Julie Jaroszewski, Sofie Kokaj, Pierre-Alexandre Lampert, Denis Laujol, Nicolas Luçon, Estelle Marion, Pierre Megos, Florence Minder, Vincent Minne, Sophie Sénécaut, Baptiste Sornin, diversement présents, se livrent avec générosité, humour, patience et passion à cette aventure singulière. Où des poissons rouges sont sauvés de justesse de l’asphyxie, où des paroles d’enfants en vidéo balisent les scènes, où l’on administre une leçon de provocation, « noble » ou « gratuite », où un poulpe gluant devient perruque magnifique, où un démon triste grelotte sous la neige, où l’on boit les larmes d’une vie, où une matraque bat la mesure de ces vies ordinaires et démesurées, réelles et fantasmées. –Marie Baudet In La Libre Belgique, 01/10/05


Un remix flippé de notre société

Armel Roussel n’aime pas le mot « zapping ». Il le dit dans le dossier de presse de « Pop ? », son dernier spectacle à l’affiche du Théâtre Varia, à Bruxelles. Nous parlerons donc de « mix » tant la déferlante d’images qu’il nous propose se rapproche de la prestation d’un DJ mixant ses vinyles d’une platine à l’autre. Des couches et des couches d’impressions se chevauchent pour jeter un regard flippé sur notre société. Avec « Pop ? », Armel Roussel clôt la trilogie « Body Building », après « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier » et « Hamlet, version athée ». Bel exemple de l’énergie mutante de son collectif Utopia II, la création de cet auteur et metteur en scène confirmé remet en selle certains de ses acteurs fétiches et en invite d’autres pour plancher sur un spectacle tout-terrain. Une aventure où chacun jette dans le feu de la création le petit bois de ses expériences. Poursuivant la recherche d’un théâtre d’interpellation, audacieux et déconstruit, les 17 acteurs du collectif se débarrassent du texte pour transformer le Varia en « planche à réfléchir », et amidonner nombre d’interrogations sur le monde, la politique ou la famille. Leur terrain de jeu ? Un plateau blanc comme une page vide, encadré de 17 lits surélevés cachant autant de petites loges improvisées. Pop, c’est la musique, l’art populaire. Mais c’est aussi le bruit d’une bulle qui éclate, comme ces images qui éclosent à la pelle, dotées de leur pleine autonomie, sans lien conducteur, dans un défilé de costumes loufoques et de couleurs vives à vous donner le tournis. Spectaculaires, drôles et jetables, comme les tableaux du pop art dont le spectacle s’inspire, les scènes, saugrenues ou carrément destroy, composent un univers trash mais sophistiqué, baigné de l’esthétique hyper soignée d’Armel Roussel. Dans une orgie d’hémoglobine et de nudité (un peu facile), la pièce emprunte aux formes débraillées du body art, aux symboles à gros sabots de la Star Ac’, ainsi qu’aux références les plus populaires d’une culture écrasée par le géant américain, de Darth Vador à Michael Jackson. Les acteurs se prêtent aux jeux les plus loufoques avec une énergie compulsive et une ironie décomplexée. Un prédicateur au charisme américain nous parle de Jésus, du doute et de la vie après la mort (« Je ne sais pas si j’y crois, mais au cas où, je prendrai un slip d rechange »). Un conférencier grossier se lance dans une énumération hilarante des différents styles de provocation, preuves vivantes à l’appui. Des clients hypnotisés déambulent derrière leur caddy autour d’une jeune fille agonisant dans des spasmes de poisson rouge hors de son bocal. Ce raz de marée de message plus ou moins évidents, sur l’identité, les fantasmes, la transmission ou la reproduction, émettent quantité de signaux. Au spectateur de les décrypter. – Catherine Makereel In Le Soir, 04/10/05


Java

Lorsque vous fermez les yeux, comment voyez-vous le monde? Et comment vous voyez-vous dans ce monde? Vous sentez-vous créateur de vos pensées ou conditionné comme un petit pois dans une boîte?

Sur le plateau du Varia, 17 comédiens, fils et petits-fils naturels des artistes dadaïstes captent et capturent les pulsations de cette société qui nous consomme. Tableau vivant construit à la manière d'un collage "pop art", ce spectacle éclaboussé par la vie, résonne comme un cri. On sort de là chaviré, inquiet, transpercé. Avec des images et des échos, beaucoup d'échos. Le théâtre vu et conçu comme ça, on en redemande!